Les cités des ténèbres

J’ai vu les cités des ténèbres, fourmillant de vie, exhalant la mort. Termitières éphémères, faux-semblants sans atmosphère, paraissent au lieu d’être pour les êtres sans Dieu ni maîtres.

Des sous-sols grondent les brouillards, remugles de créatures obscures, tapies dans le noir. Se faufilent et crissent tels lombrics ou aspics, aspirent les êtres, les vident et les vomissent, en va-et-vient serpentaires.

Là se mêlent les couleurs, s’embrassent les senteurs, des peuples en accord, acquis à leur sort. Regards vides d’un désespoir bercé aux rythmes des musiques, martelées en silence, cantonnées aux ouïes égoïstes de robots mécaniques.

Les corps se heurtent, se choquent et s’ignorent. Formatés et programmés, leurs cris de silence s’étouffent et s’évaporent, incapables de hurler, leur désir d’exister. Les regards scrutent au hasard, désir d’âme, de chair, de simple espoir.

Amère concupiscence, mâles abstinences pour ces courbes et ces hanches affichées en permanence, que dévorent des yeux s’espérant maîtres-queux. Solitude des esprits, prisonniers de ces bruits, asservis aux applis, aux échos de la bête, tournoyant dans les terres de ce triste univers.

Sous les corps en armure, se devinent des fêlures dont les tristes prunelles se complaignent en appels. Mutisme par convenance, murés dans le silence, en chapelets ils avancent.

J’ai vu les guerriers des ténèbres. J’ai vu ces êtres d’un autre monde, d’une civilisation moribonde. Agitation bestiale, grouillement du mental en piédestal, à l’état animal se ravalent. Forteresses imprenables, inexpugnables, impénétrables.

J’ai vu leurs regards, fuyants en faux-semblants, implorant puis s’éclipsant, tentatives d’accroches, se rapprochent, puis décrochent. J’y ai reconnu l’homme, cet être de temps anciens, de jours lointains et éteints, perdu au milieu des hommes.